Jean-Baptiste Burnet

Qu’est-ce qui vous a donné envie de devenir collaborateur scientifique ?

Lorsque j’ai commencé à collectionner les minéraux et fossiles au début des années 2000, j’ai eu la chance de recontrer Simon Philippo. Grâce à lui, j'au pu découvrir le Naturmusée et approfondir mes connaissances en minéralogie, notamment en accédant aux collections lors des travaux d’étudiants pendants l'été. Par la suite, j’ai commencé à partager mes propres découvertes minéralogiques régionales et peu à peu, ces échanges ont évolué vers une collaboration formelle avec Simon. Au fil des années, j’ai également été inspiré par Guy Kronz et René Biren, deux autres collaborateurs de l’époque, qui m’ont transmis de nombreux aspects de la minéralogie régionale.

 

Sur quels sujets ou projets travaillez-vous actuellement dans le cadre de votre collaboration scientifique ? 

Mon travail porte essentiellement sur l’inventaire minéralogique du sud du Luxembourg, où je prospecte divers sites à la recherche de nouvelles découvertes. En tant que biologiste, ma passion pour la paléontologie et tout ce qui touche à l’évolution des espèces est tout aussi vive. C'est pourquoi j'échange régulièrement avec mes collègues de la section paléontologie. 

 

Qu’est-ce qui vous attire particulièrement dans ce domaine de recherche ? Quelles sont vos principales sources de motivation ou de fascination ?

Depuis toujours, je suis fasciné par l’esthétique de la nature, par la diversité infinie de ses formes, de ses textures et de ses couleurs. Parmi tous ces trésors, le monde de la minéralogie occupe une place particulière. J’ai rapidement choisi de me focaliser sur une collection régionale, centrée sur le Luxembourg, en y intégrant la microminéralogie. Sous le binoculaire, un monde insoupçonné se révèle: la diversité minéralogique et la qualité des cristaux y sont souvent exceptionnelles. Il suffit parfois de regarder de plus près pour découvrir les merveilles cachées de nos sous-sols.

 

Mon leitmotiv? Comprendre et préserver. Comprendre les mécanismes qui ont façonné les paysages géologiques actuels, comme les gisements métallifères de la minette ou ceux du nord du pays, et contribuer à la préservation d’un patrimoine naturel souvent méconnu. Cette quête de connaissance et de protection constitue une source majeure de motivation pour mon engagement au Naturmusée.

 

En quoi votre engagement au sein du Naturmusée est-il important pour vous, tant sur le plan personnel que scientifique ?

À travers mon engagement au sein du Naturmusée, je souhaite avant tout rendre au musée — et en particulier à Simon — ce qu’il m’a offert depuis que je me suis passionnée pour ce domaine au début des années 2000. Comme de nombreux collaborateur·rice·s de la section minéralogie, j’ai d’abord découvert la minéralogie et la paléontologie en tant que collectionneur. Grâce à Simon et à l’accès aux collections du Naturmusée, j'ai pu acquérir des connaissances précieuses. Il me semble donc tout naturel de contribuer, à mon tour, aux missions du musée.

 

Où se déroule principalement votre travail de recherche et quels sont les outils, méthodes ou types de matériel que vous utilisez ?

Mon travail dans le cadre de l’inventaire minéralogique du Luxembourg repose sur deux axes principaux. D'une part, je mène des recherches sur le terrain: prospection, fouilles et visites des collections privées régionales, qui recèlent souvent des pièces rares et des informations précieuses pour compléter l'inventaire. D’autre part, je travaille au sein des collections du Naturmusée, où j'inventorie les spécimens avant de les encoder numériquement.

 

La documentation photographique joue également un rôle clé dans ce processus. Pour capturer les détails des microminéraux, j'utilise notamment le microscope Keyence, récemment acquis par le musée, qui permet d'obtenir des images d'une grande précision. 

 

Comment s’organise concrètement votre travail : à quels moments menez-vous vos recherches ?

Avec un emploi à temps plein et deux enfants, il n’est pas toujours facile de dégager du temps pour ma collaboration avec le Naturmusée. Récemment, j’ai pu profiter en partie de mon congé parental pour consacrer quelques journées au travail dans les collections. Il n’y pas de périodes fixes, bien que l’hiver soit moins propice à des sorties sur le terrain. Je prospecte également au gré de nouveaux chantiers, qui peuvent parfois révéler des découvertes intéressantes. 

 

Travaillez-vous plutôt seul ou en collaboration avec d’autres chercheur·euse·s ou équipes ?

Pour l’instant, je travaille principalement avec Simon Philippo. Sur le terrain, je suis généralement accompagné par des amis collectionneurs, dont certains sont également collaborateurs scientifiques au Naturmusée.

 

Quelles ont été les principales difficultés ou défis que vous avec rencontrés dans votre activité de collaborateur scientifique ?

Mon principal défi reste de trouver le temps à consacrer à mes recherches. Par ailleurs, la prospection sur le terrain se heurte à plusieurs obstacles: de nombreuses carrières ont cessé ou modifié leurs activités, ou bien leur accès est devenu très restreint.

 

 

De plus, bien que le Luxembourg compte de nombreux chantiers, peu d'entre eux offrent les conditions idéales pour réaliser des découvertes intéressantes dans les formations géologiques qui nous intéressent. Et lorsque c’est le cas, les phases de terrassement sont si rapides que les remblais sont rarement laissés sur place. La plupart du temps, ils sont évacués vers des décharges inertes. Et trop souvent, on découvre un chantier après que les travaux soient déjà terminés. 

 

Comment avez-vous surmonté ces obstacles ?

Pour dégager du temps, j’ai profité de mon congé parental. Quant à la recherche de nouveaux sites, elle demande beaucoup de patience… et un peu de chance ! Il faut dire qu’il reste encore de nombreux endroits à prospecter ou à revisiter, en s’appuyant sur d’anciens récits ou ouvrages géologiques. Et qui sait ? On n’est jamais à l’abri d’une belle surprise.

 

Pouvez-vous partager une réussite ou un moment particulièrement marquant dont vous êtes fier dans votre parcours ?

Naturellement, ma plus grande fierté reste d’avoir pu offrir au Naturmusée — et à Simon — la première espèce minérale nouvelle découverte au Luxembourg : la Luxembourgite. Simon a décrit ce minéral inédit à partir d’un spécimen que je lui avais rapporté en 2010, issu de fouilles dans les remblais de la nouvelle galerie 11 de la SEO, près de Vianden. Ce fut une merveilleuse surprise, et je suis fier d’avoir contribué à faire progresser nos connaissances sur la diversité minéralogique, tout en mettant en valeur le patrimoine naturel du pays et en enrichissant les collections du musée.

 

Y-a-t-il eu une découverte qui vous a particulièrement enthousiasmée ?

Oui, la découverte de la Luxembourgite.

 

Selon vous, quel est le rôle ou l’importance des collaborateur·rice·s scientifiques au sein du musée ?

Selon moi, le rôle des collaborateur·rice·s scientifiques est indispensable pour le Naturmusée. Leur travail vient compléter celui des équipes de chercheur·euse·s. Prenons l’exemple de la minéralogie ou de la paléontologie : les collaborateur·rice·s, souvent aussi collectionneur·euse·s privé·e·s, disposent parfois de temps et de moyens pour prospecter et acquérir de nouveaux spécimens — une ressource précieuse dont les équipes des sections, absorbées par leurs engagements professionnels, ne bénéficient pas toujours.

Si l’on observe les collections nationales de minéralogie, une grande partie des spécimens provient d’ailleurs de dons effectués par des collectionneur·euse·s et collaborateur·rice·s scientifiques. Ces derniers participent également activement aux recherches et à leur valorisation, apportant ainsi un soutien inestimable aux chercheurs du musée.

Enfin, je suis convaincu que chaque collaborateur·rice scientifique agit comme un·e ambassadeur·rice du Naturmusée, que ce soit au Luxembourg ou à l’étranger. Il/Elle contribue à en promouvoir les missions et les richesses, tant auprès de ses pairs que du grand public.

 

Recommanderiez-vous de rejoindre le musée en tant que collaborateur·rice scientifique ? 

Absolument. Je recommande vivement à toute personne passionnée — et, dans le cas de la minéralogie et de la paléontologie, à tout·e collectionneur·euse — de rejoindre le musée en tant que collaborateur·rice scientifique. C’est une occasion unique de contribuer aux recherches et d’enrichir les collections du Naturmusée.

 

Avez-vous des conseils à donner ?

Je conseille à toute personne passionnée de ne pas hésiter à s’engager dès le plus jeune âge en tant que collaborateur·rice scientifique du Naturmusée. C’est une formidable opportunité de faire vivre une communauté riche en expériences et en apprentissages.

 

Interviews: Alexandre Diels

Rédaction: Selma Weber