Des météorites au musée : la passion d’Eric Buttini

Physicien et conservateur au MNHNL, Eric Buttini partage sa passion pour les météorites, la médiation scientifique et son rêve : découvrir un jour la toute première météorite luxembourgeoise. 

Physicien de formation, Eric Buttini est conservateur de la section géophysique et astrophysique du Musée national d’histoire naturelle Luxembourg (MNHNL) depuis 1998. Son travail se situe à la croisée de la gestion scientifique, de la médiation culturelle et de la vulgarisation de l’astronomie auprès du grand public.

Eric, si tu pouvais poser une question à une météorite, laquelle serait-elle ?

Certaines météorites se sont formées en même temps que le système solaire, il y a environ 4,5 milliards d’années. Si je pouvais leur poser une question, ce serait de nous raconter l’histoire complète de la formation du système solaire, depuis ses débuts.

 

Une autre question fondamentale serait : est-ce que ce sont les astéroïdes et les météorites qui ont apporté sur Terre les éléments nécessaires à l’apparition de la vie, comme l’eau et peut-être même les acides aminés ?

 

Nous savons que l’eau est en partie venue de l’espace, mais le rôle exact des météorites dans l’émergence de la vie reste une question ouverte et fascinante.

 

Quelle est ta fonction au sein du MNHNL aujourd’hui ?

Je suis conservateur de la section géophysique et astrophysique du musée. J’assure la gestion administrative de l’équipe de géophysique – ressources humaines, budget et suivi financier – tout en m’impliquant plus directement en astrophysique, notamment dans la médiation scientifique et la sensibilisation du public.

 

Je suis également responsable de la collection de météorites du musée, qui compte environ 300 spécimens représentatifs des principaux types connus. Les météorites étant des objets particulièrement sensibles, j’en veille à leur conservation attentive, tant en vitrine qu’en réserve.

 

Une grande partie de mon travail est consacrée à la médiation scientifique. J’ai conçu et coordonné plusieurs expositions, dont une consacrée aux astéroïdes. Ces projets s’étendent généralement sur environ trois ans, de la conception au démontage. J’organise également des ateliers destinés aux écoles et au grand public, et je réponds aux sollicitations des médias lors d’événements astronomiques majeurs.

 

Nous sommes par ailleurs parfois contactés par des visiteur·euse·s qui pensent avoir découvert une météorite et souhaitent une expertise – parfois deux à trois fois par mois. À ce jour, aucun des objets présentés n’a été confirmé comme étant une météorite.

 

Y a-t-il un spécimen de la collection qui t’a particulièrement
marqué ?

Oui, sans hésitation : une toute petite météorite martienne de neuf grammes. Elle est minuscule, mais elle me fascine toujours. Avoir un « morceau de Mars » dans une vitrine, même minuscule, reste quelque chose d’assez extraordinaire.

 

Peux-tu résumer ton parcours professionnel ?

J’ai suivi des études de physique en Allemagne, avec une formation généraliste incluant l’astronomie et la mécanique céleste. Après trois ans dans le secteur privé comme ingénieur, j’ai rejoint le MNHNL en 1998, un peu par curiosité. Avec le recul, c’était un tournant décisif dans ma vie.

Peux-tu nous parler du planétarium du MNHNL ?

Le Naturmusée dispose désormais d’un planétarium itinérant , composé d’un dôme gonflable de sept mètres de diamètre, équipé d’un logiciel identique à celui des planétariums professionnels. Depuis la rentrée, les établissements peuvent réserver le planétarium : nous nous rendons directement dans les écoles.

Une partie de mon travail consiste à concevoir les contenus pédagogiques. Actuellement, nous proposons une séance générale d’initiation à l’astronomie (l’observation du ciel à l’œil nu), et nous travaillons sur de nouveaux formats, par exemple sur les exoplanètes, ou encore les astéroïdes et les météorites.

Contrairement aux anciens systèmes mécaniques, la projection repose aujourd’hui sur un logiciel professionnel spécialement conçu pour les planétariums. Un ordinateur portable est relié à un projecteur équipé d’une lentille « fish-eye », qui permet une projection à 360° sur le dôme gonflable. Le logiciel offre énormément de possibilités : afficher le ciel étoilé, dessiner les constellations, montrer les phases de la Lune, expliquer la mécanique céleste, voyager dans le système solaire ou encore visualiser des phénomènes astronomiques depuis des points de vue extérieurs.

L’un de nos objectifs pour les prochaines années est d’exploiter davantage ces possibilités afin d’enrichir les séances proposées.

Comment perçois-tu l’intérêt du public pour l’astronomie aujourd’hui ?

L’astronomie a toujours fasciné. C’est un domaine naturellement inspirant, qui touche à des questions universelles.

Lors de la dernière exposition consacrée aux astéroïdes, aux météorites et au space mining, les retours ont été extrêmement positifs. Le fait de traiter un sujet à la fois scientifique et très actuel au Luxembourg – notamment en lien avec les initiatives gouvernementales autour de l’exploitation des ressources spatiales – a permis de toucher un public très large.

Globalement, intéresser le public à l’astronomie n’est pas difficile, à condition de bien contextualiser les sujets.

Le space mining est-il une perspective réellement concrète ?

C’est un domaine encore très prospectif, mais sur lequel on travaille de manière sérieuse. L’idée n’est pas nécessairement de ramener des ressources sur Terre, mais plutôt d’exploiter celles disponibles sur la Lune pour aller plus loin dans l’exploration spatiale.

La Lune pourrait devenir une base relais : on y construirait des infrastructures en utilisant les ressources locales, notamment l’eau sous forme de glace, qui peut être transformée en carburant. Décoller depuis la Lune demande beaucoup moins d’énergie que depuis la Terre.

À long terme, cela faciliterait des missions vers Mars ou vers des astéroïdes. Nous sommes encore à une étape très en amont, mais ce n’est plus de la science-fiction : ce sont des pistes de travail concrètes, progressives, par étapes.

 

Si tu avais un souhait à réaliser dans ton domaine professionnel, lequel serait-il ?

Découvrir la toute première météorite officiellement identifiée sur le territoire luxembourgeois. Ce serait extraordinaire.

Pourtant, il est très probable que des météorites soient déjà tombées sur le territoire luxembourgeois. Mais en trouver une est extrêmement difficile. Le pays est très végétalisé : une météorite tombée en forêt a très peu de chances d’être retrouvée. Les météorites métalliques pourraient éventuellement être détectées avec un détecteur de métaux, mais cela n’a encore jamais abouti ici. Un scénario plus favorable serait une chute observée. Il existe des réseaux de caméras – souvent installées par des amateur·ice·s – qui surveillent le ciel nocturne en permanence. Lorsqu’un bolide est détecté par plusieurs stations, il est possible de reconstituer sa trajectoire et d’estimer la zone de chute avec une certaine précision.

Y a-t-il un événement marquant qui a déclenché ta passion pour l’astronomie et la médiation scientifique ?

Oui, très clairement : l’éclipse totale de Soleil du 11 août 1999. Je venais d’arriver au MNHNL depuis six mois à peine, et l’éclipse est immédiatement devenue un grand projet institutionnel. C’est à ce moment-là que j’ai vraiment pris conscience de ce que j’aimais le plus dans mon métier : le contact avec le public, la médiation et la vulgarisation scientifique.

Pouvoir accompagner les gens dans la compréhension d’un phénomène aussi spectaculaire a été un véritable déclic pour moi.

Mènes-tu également des activités de recherche ?

Oui, principalement en astronomie, sous forme de science participative. Je collabore avec un astronome amateur anglo-luxembourgeois très expérimenté qui a construit son propre télescope. Celui-ci est désormais installé dans le sud de l’Italie, en Calabre, pour bénéficier de meilleures conditions d’observation.

Nous collaborons avec le Minor Planet Center , un institut américain qui coordonne les observations d’objets du système solaire ainsi que la « British Astronomical Association ». Les grands télescopes professionnels détectent de nouveaux objets (astéroïdes, objets interstellaires) mais n’ont pas toujours la possibilité d’en assurer un suivi prolongé. C’est là qu’interviennent les astronomes amateur·ice·s très bien équipé·e·s.

Nous avons par exemple participé à l’observation de l’astéroïde interstellaire 3I/ATLAS .

Lorsqu’un nouvel astéroïde est détecté, les premières observations permettent de calculer une orbite encore très incertaine. Des astronomes amateur·ice·s du monde entier sont alors mobilisé·e·s pour multiplier les observations. Plus les données s’accumulent, plus l’orbite devient précise. Jusqu’à présent, dans tous les cas auxquels nous avons contribué, le risque de collision avec la Terre a finalement été écarté.

Ce type de collaboration entre professionnel·le·s et amateur·ice·s est un excellent exemple de science participative.

Peux-tu résumer en quelques mots la recherche menée en géophysique au musée ?

Il y a actuellement quatre scientifiques qui travaillent dans ce domaine, répartis en deux grands axes complémentaires. L’un d’entre eux est employé du musée, les autres sont des employés de la fondation « Centre Européen de Géodynamique et de Séismologie, ECGS »

Deux travaillent sur la sismologie. Ils ont notamment mis en place le réseau sismique luxembourgeois. Même si le Luxembourg n’est pas une région à forte activité, il existe de nombreux micro-séismes, souvent imperceptibles, mais scientifiquement importants. Ces stations permettent aussi de distinguer les séismes naturels des événements d’origine humaine, comme les explosions dans les carrières. Ils participent également à des projets internationaux, par exemple en Italie, où ils étudient les vibrations du sol liées aux inondations afin d’améliorer les systèmes d’alerte précoce.

Le second groupe travaille sur les déformations du sol, principalement à partir d’images satellites. Cela permet de détecter des mouvements très lents, comme des glissements de terrain ou des affaissements miniers. Ils mènent par exemple des projets dans l’Himalaya, au Népal, pour suivre des glissements de terrain à long terme.

Quels sont aujourd’hui les plus grands défis de ton travail ?

Le premier défi est de rester à jour scientifiquement afin de pouvoir répondre rapidement aux sollicitations du public et des médias.

Le second concerne le planétarium : approfondir la maîtrise du logiciel pour développer de nouvelles séances thématiques.

Enfin, à plus long terme, j’aimerais concevoir une nouvelle grande exposition. 

Interview : Diane Bertel

Éditrices : Monique Kirsch (MNHNL), Selma Weber (MNHNL)